L'industrie automobile européenne scrute avec attention la montée en puissance des marques chinoises sur son territoire. Si l'inquiétude grandit chez les constructeurs traditionnels, les chiffres de 2025 révèlent une réalité plus nuancée qu'il n'y paraît.
Une percée spectaculaire mais encore limitée
Les données officielles de Dataforce pour l'année 2025 dévoilent une progression impressionnante des véhicules chinois sur le Vieux Continent. Avec 810 982 unités écoulées, ces constructeurs affichent une croissance de 99% par rapport à l'exercice précédent. Un chiffre qui double littéralement leur présence en seulement douze mois.
Cette expansion s'inscrit dans un marché global en progression. L'Europe a enregistré 13 295 075 immatriculations de véhicules neufs en 2025, soit 300 000 unités supplémentaires comparé à 2024. Les statistiques couvrent l'Union européenne, le Royaume-Uni et l'EFTA, représentant 98% du volume continental.
Décembre 2025 : un mois historique
Pour la première fois, les fabricants chinois ont franchi la barre symbolique des 100 000 ventes mensuelles. En décembre dernier, exactement 109 864 véhicules estampillés "made in China" ont trouvé preneurs européens. Une performance remarquable qui témoigne d'une accélération fulgurante, avec une hausse de 126% sur ce seul mois.



Cette dynamique place leur part de marché à 6,1% en fin d'année. Un pourcentage qui peut sembler modeste, mais dont la trajectoire ascendante interpelle toute la filière automobile occidentale.
SAIC et MG dominent le classement
Le géant SAIC Motor s'impose comme leader incontesté avec 307 812 véhicules commercialisés, principalement via sa marque phare MG qui totalise 307 282 unités. La marque britannique sous pavillon chinois connaît un succès particulièrement marqué en Espagne.
Sur le marché ibérique, MG a livré 45 163 exemplaires en 2025, progressant de près de 47%. Le SUV compact MG ZS caracole en tête avec 23 731 immatriculations, suivi par la citadine MG3 et le SUV hybride MG EHS qui affichent tous deux des croissances à trois chiffres.
BYD confirme son ambition européenne
Le constructeur de Shenzhen réalise une percée spectaculaire avec 186 612 véhicules écoulés, multipliant par presque quatre ses volumes de 2024. Cette explosion s'appuie sur une gamme diversifiée menée par le BYD Seal U, véritable succès commercial.
Ce SUV hybride rechargeable à lui seul totalise 79 407 immatriculations, dont 72 667 en version PHEV. Une performance qui lui vaut le titre de véhicule hybride rechargeable le plus vendu de l'année sur le continent européen.
Les autres acteurs chinois en forte croissance
- Chery : bondit à 120 207 unités grâce aux marques Jaecoo et Omoda qui connaissent des progressions fulgurantes
- Groupe Geely : atteint 400 725 véhicules avec Volvo en fer de lance (332 226 unités)
- Polestar : enregistre 47 579 livraisons portées par le nouveau Polestar 4
- Leapmotor : commercialisé par Stellantis, place 33 567 véhicules avec son T03 électrique d'entrée de gamme
Une menace réelle ou une opportunité de marché ?
Derrière les pourcentages impressionnants se cache une réalité mathématique simple : seul un véhicule sur dix vendus en Europe provient désormais de Chine. Si la tendance est indéniablement haussière, les marques établies conservent largement leur suprématie avec plus de 90% du marché continental.
L'attrait pour les véhicules électriques abordables et les modèles hybrides rechargeables explique en grande partie ce succès. Les constructeurs chinois ont su identifier et exploiter une demande pour des technologies électrifiées à des tarifs compétitifs, segment où les marques européennes traditionnelles peinent parfois à proposer des offres attractives.
L'année 2026 sera déterminante pour confirmer ou infirmer cette dynamique. Entre nouvelles réglementations européennes, évolution des droits de douane et réponse stratégique des constructeurs locaux, le paysage automobile continental s'apprête à connaître de profondes transformations.