Prendre le volant d'un Peugeot E-208 GTI impose une certaine déférence. Héritier d'une lignée prestigieuse lancée il y a quatre décennies avec l'iconique 205 GTI, ce compacte sportif électrique de 281 chevaux suscite autant d'attentes que d'interrogations. Peut-on vraiment concilier l'ADN GTI avec une motorisation 100% électrique ?
Une plateforme partagée, mais une personnalité unique
Sous sa carrosserie compacte, l'E-208 GTI partage sa base technique avec plusieurs modèles du groupe Stellantis : Opel Corsa GSE, Abarth 600, Alfa Romeo Tonale Veloce Elettrica et Lancia Ypsilon HF utilisent tous la même architecture. On y retrouve une batterie de 54 kWh (dont 51 utilisables) associée au moteur M4+ développant 207 kW, soit exactement 281 chevaux, pour un couple maximal de 345 Nm.
Mais là où la Peugeot se distingue, c'est dans le travail minutieux réalisé par les ingénieurs de Peugeot Sport. Forts de leur expérience en WEC, ils ont conçu une suspension spécifique avec des amortiguages hydrauliques et des ressorts plus rigides.
Un châssis affûté pour la performance
Les modifications apportées au train roulant sont impressionnantes :
- Train avant pseudo McPherson avec barre stabilisatrice de 31 mm de diamètre
- Essieu arrière à barre de torsion avec stabilisatrice intégrée de 17 mm
- Élargissement des voies : 56 mm à l'avant et 28 mm à l'arrière
- Différentiel autobloquant mécanique sur l'essieu avant
Le résultat sur route est éloquent. Dans les enchaînements de virages, la Peugeot reste parfaitement plate, inspirant une confiance totale au pilote. Contrairement à certains modèles sportifs qui ont tendance à chasser en sortie de courbe, l'E-208 GTI colle littéralement à la trajectoire choisie.
Direction brillante, freinage perfectible
La direction spécifiquement calibrée constitue l'un des points forts majeurs de cette GTI. Précise et rapide, elle permet un pilotage affûté qui ravira les amateurs de conduite sportive. Le différentiel mécanique apporte une réelle naturalité dans les trajectoires, loin des systèmes électroniques artificiels de certains concurrents.
En revanche, le freinage déçoit quelque peu. Malgré des équipements de qualité à l'avant – des étriers Alcon à quatre pistons mordant sur des disques ventilés de 355 mm – le ressenti au pied laisse à désirer. La pédale manque de fermeté et plonge excessivement, donnant l'impression désagréable de partir au plancher. Pour une sportive de ce calibre, un toucher plus consistant s'imposait.
L'éternel compromis du i-Cockpit
À l'intérieur, on retrouve le fameux i-Cockpit de Peugeot avec son petit volant bas. Si les matériaux sont agréables au toucher et les sièges sportifs excellent dans leur mission de maintien, la position de conduite reste sujette à compromis : soit on voit correctement l'instrumentation avec un volant trop bas, soit on adopte une posture plus naturelle en renonçant à surveiller sa vitesse.
Les touches rouges sportives parsèment l'habitacle, même si quelques références supplémentaires à l'héritage GTI auraient apporté un supplément d'âme.
Un tempérament électrique maîtrisé
Le moteur M4+ fabriqué à Tremery a bénéficié d'un développement spécifique par Peugeot Sport. Sa gestion électronique, héritée de la compétition, procure une réactivité immédiate et chirurgicale à l'accélérateur. Sans atteindre le niveau de référence du Hyundai Ioniq 5 N dans le domaine des sportives électriques, l'E-208 GTI trouve un équilibre convaincant entre utilisabilité quotidienne et plaisir de conduite.
Le talon d'Achille : l'autonomie
Voici le point faible majeur de cette GTI électrique. Avec seulement 352 kilomètres d'autonomie WLTP en chaussant des Michelin Pilot Sport 4S (375 km avec les Hankook Ventus S1 Evo3), impossible d'envisager une longue virée sportive sans planifier une recharge. La batterie de 54 kWh, bien que dotée d'une gestion thermique optimisée pour encaisser les sollicitations intenses, reste trop juste pour une utilisation sportive sereine.
Le verdict
La Peugeot E-208 GTI n'est pas un simple exercice marketing consistant à greffer un gros moteur sur un modèle existant. Le travail approfondi des ingénieurs transparaît dans chaque courbe, chaque appui. Cette citadine sportive de 1 600 kg sait masquer son embonpoint et procure de véritables sensations de conduite.
Reste que son principal défaut est rédhibitoire pour l'amateur de routes sinueuses : cette montée d'adrénaline, aussi grisante soit-elle, s'évapore bien trop rapidement à cause d'une autonomie limitée. Pour qui accepte cette contrainte et privilégie les trajets courts et dynamiques, l'E-208 GTI représente néanmoins une option convaincante dans l'univers naissant des sportives électriques compactes.
Note : 8/10
Points forts : Direction exceptionnelle, sièges enveloppants, dynamique soignée, différentiel mécanique
Points faibles : Pédale de frein spongieuse, habitacle manquant de caractère sportif, autonomie insuffisante pour un usage intensif