Imaginez deux joyaux de l'ingénierie automobile, conçus pour dévorer l'asphalte à des vitesses vertigineuses, confrontés à leur pire cauchemar : une piste enneigée. C'est exactement ce défi que nous avons relevé en emmenant le McLaren GTS et le Ferrari 296 GTS dans les conditions hivernales de Livigno.
Un concept à contre-courant : la puissance face à la neige
Moteur central, propulsion arrière et plusieurs centaines de chevaux sous le capot : cette configuration représente l'équation la plus délicate sur une surface glacée. Les souvenirs de notre précédente expérience avec le McLaren Artura il y a deux ans auraient dû nous servir d'avertissement. Ce dernier s'était comporté comme un animal sauvage impossible à domestiquer, ses 680 chevaux cherchant constamment de l'adhérence sur la poudreuse blanche.
Pourtant, lorsque les équipes de presse de McLaren et Ferrari ont confirmé leur participation à cette nouvelle aventure hivernale, l'opportunité était tout simplement irrésistible. Un McLaren orange éclatant et un Ferrari bleu azur apportent une touche de couleur spectaculaire qui promet des images exceptionnelles.
Deux philosophies mécaniques distinctes
Livigno, huit heures du matin, zéro degré : les deux bolides descendent de leur remorque dans l'air glacial des Alpes italiennes. Le Ferrari reste silencieux, tandis que le V8 du McLaren annonce son arrivée avec des crépitements caractéristiques de démarrage à froid.



Le Ferrari 296 GTS : la technologie hybride au service de la performance
Le constructeur de Maranello a opté pour une approche résolument moderne avec son V6 biturbo à 120 degrés développant 663 chevaux. Cette mécanique thermique est épaulée par un moteur électrique stratégiquement placé entre le bloc moteur et la boîte de vitesses à double embrayage à huit rapports, ajoutant 167 chevaux supplémentaires à l'équation. Une configuration hybride qui porte la puissance totale à des sommets vertigineux.
Le McLaren GTS : la tradition réinventée
Les ingénieurs britanniques ont choisi une approche plus conventionnelle avec leur V8 biturbo éprouvé délivrant 635 chevaux. L'innovation se situe ailleurs : un nouveau toit en fibre de carbone recyclée permet d'économiser dix kilogrammes précieux dans la partie supérieure de la carrosserie, améliorant ainsi le centre de gravité.
L'épreuve de vérité sur la glace
Moteurs chauds, batterie chargée pour le Ferrari, l'équipe technique venue de Woking est aussi impatiente que nous de découvrir comment ces deux créatures se comporteront sur cette surface hostile. Direction la piste fraîchement préparée pour le moment de vérité.
Le Ferrari 296 GTS : une diva exigeante
Dès les premiers tours, le caractère capricieux de l'Italien se révèle. Le mode Sport s'avère bien trop agressif, avec une réponse à l'accélérateur d'une brutalité inadaptée. Le passage en mode Wet s'impose, mais il active automatiquement l'ESP, transformant la supercar en un engin peu maniable qui avance péniblement.
La solution ? Désactiver le contrôle de trajectoire et assouplir les amortisseurs. Ce n'est qu'à la troisième tentative qu'un tour complet peut être bouclé sans tête-à-queue. La conduite exige une délicatesse extrême : il faut effleurer l'accélérateur avec la légèreté d'une plume, accompagner le véhicule plutôt que le commander. Dans cette concentration intense, on en oublierait presque la symphonie mélodieuse du V6 qui rugit dans notre dos.
Le McLaren GTS : plus docile mais tout aussi intense
La sonorité du V8 britannique est encore plus grisante. Avantage significatif : l'ESP peut être désactivé séparément même en mode Confort, offrant davantage de flexibilité au pilote. Le McLaren se montre nettement plus coopératif à l'accélération que son rival transalpin.
Néanmoins, 635 chevaux restent une puissance démesurée pour cette surface glissante. Les pneus Pirelli équipant le McLaren offrent une adhérence légèrement supérieure aux Michelin du Ferrari, particulièrement au niveau du train avant qui se révèle beaucoup plus précis dans les trajectoires. Les deux supercars exigent un pilotage chirurgical, mais c'est précisément ce caractère extrême qui rend l'expérience si unique.
Le verdict de cette confrontation glaciale
La danse avec le Ferrari 296 GTS s'est révélée épuisante nerveusement et physiquement stimulante. Sur dix tours effectués, seulement trois ont pu être complétés sans pirouette involontaire. L'hybride italien reste clairement conçu et calibré pour l'asphalte sec, même s'il n'a pas été le plus lent des deux sur cette surface inhospitalière.
Piloter le McLaren GTS dans ces conditions n'a pas été beaucoup moins stressant. Cependant, sa suspension légèrement plus souple et ses pneumatiques hivernaux offrant une meilleure adhérence le rendent au moins un peu plus accessible et prévisible dans ses réactions.
- Puissance McLaren GTS : 635 CV via un V8 biturbo
- Puissance Ferrari 296 GTS : 830 CV combinés (663 CV thermiques + 167 CV électriques)
- Configuration commune : Moteur central, propulsion arrière
- Pneumatiques : Pirelli sur McLaren, Michelin sur Ferrari, tous deux en spécification hiver
Cette expérience démontre qu'amener des supercars sur la neige est un exercice aussi spectaculaire que périlleux. Ces machines, nées pour exploser les chronos sur circuit, révèlent une autre facette de leur personnalité lorsqu'elles sont confrontées aux éléments. Un défi qui repousse les limites du pilotage et offre des sensations absolument uniques, même pour les conducteurs les plus expérimentés.