L'industrie automobile mondiale assiste à un revirement spectaculaire. Les feux turquoise, censés devenir le signal universel des véhicules en conduite autonome, viennent d'être interdits par la Chine. Une décision qui bouleverse les plans des constructeurs et remet en question l'avenir de cette innovation présentée il y a trois ans.
Mercedes et la promesse des feux turquoise
Le constructeur allemand Mercedes-Benz devait être le pionnier de cette technologie visuelle. Après avoir obtenu les autorisations en Californie et au Nevada pour son système Drive Pilot de niveau 3, la marque à l'étoile comptait généraliser ces feux spécifiques pour signaler aux autres usagers qu'un véhicule circulait sans intervention humaine.
Le concept était simple mais efficace : une lumière turquoise distinctive permettrait d'identifier instantanément les voitures en mode autonome. Cette couleur avait été choisie pour trois raisons précises :
- Une visibilité optimale et une différenciation claire des autres couleurs déjà utilisées
- Aucune association avec la signalisation routière existante
- Les couleurs primaires et le vert-orange étant déjà attribués aux feux et signalisations
La Chine met un coup d'arrêt brutal
Le Ministère de l'Industrie et de la Technologie de l'Information chinois (MIIT) vient d'ordonner aux constructeurs de cesser immédiatement l'équipement de ces feux turquoise. La raison invoquée ? Une non-conformité avec la norme GB 4785, en vigueur depuis juillet 2020.
Cette réglementation n'autorise que quatre couleurs pour l'éclairage extérieur des véhicules : le blanc, le jaune, l'ambre et le rouge. Le bleu, et par extension le turquoise, en sont explicitement exclus.
Li Auto fut le précurseur dès 2022, suivi par Mercedes un an plus tard. Depuis, la plupart des marques chinoises et certains constructeurs occidentaux comme Cadillac avaient adopté cette signalétique lumineuse, pensant qu'elle deviendrait un standard international.
Des plaintes d'usagers à l'origine de l'interdiction
Au-delà de l'aspect réglementaire, les autorités chinoises ont également pris en compte les retours négatifs des usagers. Selon les témoignages rapportés, ces feux turquoise présentaient deux défauts majeurs :
- Une luminosité excessive qui éblouit les autres conducteurs
- Un positionnement inadapté, parfois à hauteur des yeux, créant une distraction dangereuse
Un casse-tête pour des centaines de milliers de véhicules
Le MIIT se retrouve désormais face à un dilemme : que faire des centaines de milliers de véhicules déjà en circulation équipés de ces feux ? Deux options sont actuellement étudiées : soit autoriser leur maintien sur les modèles existants, soit contraindre les constructeurs à les désactiver, ce qui représenterait une opération logistique et financière colossale.
Et en Europe, où en est-on ?
Contrairement aux États-Unis où la Californie et le Nevada autorisent toujours cette signalétique lumineuse sur les Mercedes EQS et Classe S équipées du Drive Pilot, l'Europe avance prudemment sur le dossier de la conduite autonome.
La situation en France et en Espagne
En Espagne, la Direction Générale du Trafic a lancé il y a un an le Programme ES-AV (Évaluation de la Sécurité et Technologie de Véhicules Automatisés). Ce programme établit trois phases progressives :
Phase 1 - Contrôlée : réservée aux premiers stades de développement, interdisant les systèmes de niveau 2 SAE et exigeant un opérateur de sécurité à bord en permanence.
Phase 2 - Extensive : autorisant jusqu'à dix véhicules simultanés, toujours avec un opérateur obligatoire, mais acceptant les plaques d'immatriculation définitives.
Cette approche progressive européenne contraste fortement avec le développement rapide observé en Chine, où la technologie a évolué bien plus vite que la législation, créant précisément le problème actuel.
L'avenir incertain d'une innovation prometteuse
Cette interdiction chinoise représente un tournant majeur. Ce qui devait devenir un standard mondial de sécurité se heurte désormais aux réalités réglementaires nationales. Les constructeurs automobiles devront repenser leur stratégie de signalisation pour les véhicules autonomes, probablement en développant des solutions alternatives respectant les normes locales de chaque marché.
La question reste entière : comment signaler efficacement la présence d'un véhicule autonome sans créer de confusion ou de danger pour les autres usagers ? La réponse déterminera en partie l'acceptation publique de cette technologie dans les années à venir.